
Voilà une histoire
bien intéressante. Elle nous indique que même les sages de lAntiquité étaient
parvenus à élever leur compréhension spirituelle à un point où ils percevaient le
Paradis et l'Enfer comme des états d'esprit plutôt que des lieux. Plusieurs ne
partageaient pas cette opinion, naturellement. LHomme a toujours produit des
descriptions et de vives représentations du Paradis et de lEnfer. Certains êtres
éclairés ont reconnu en ces dernières des métaphores colorées, mais plusieurs les ont
prises littéralement. À l'échelle cosmique des choses, c'était il ny a pas si
longtemps que la plupart des hommes croyaient que le Paradis se situait réellement
quelque part au-delà des nuages et que l'Enfer était établi profondément sous terre
dans un décor obscur et caverneux. Les détails
variaient, mais l'idée globale demeurait la même. Asgard, Valhalla, lOlympe,
Tartare, Schéol, les Champs-Élysées, le Purgatoire... tous des endroits où lon
pouvait se rendre après la mort du corps physique. Pour plusieurs
individus rationnels de l'âge moderne, l'idée du Paradis et de l'Enfer en tant
qu'endroits réels est tombée en désuétude. Nous apprécions toujours de temps à
autres des contes sur la vie après la mort, mais nous ne croyons pas nécessairement que
ces histoires correspondent à la réalité. Et pourtant, plusieurs
y croient toujours. Sans trop d'efforts on peut encore trouver des personnes qui jamais ne
voudront abandonner la notion dun Ciel et dun Enfer existant bel et bien quelque part. Entre autres, plusieurs chrétiens
fondamentalistes citeront volontiers des passages de la Bible pour « prouver »
que le Paradis et l'Enfer sont aussi réels que lépicerie du coin. George W. Bush a
fait la manchette lan dernier pour avoir exprimé la conviction suivante :
celui qui ne sétait pas tourné vers le Christ pour son salut se dirigeait vers
l'Enfer. Il y a un certain
temps, un groupe d'extrémistes religieux a protesté devant une boutique de Disney dans
le Midwest américain. Étonnant, pensez-vous. Comment diable arriver à incriminer le
monde merveilleux de Disney? Quavaient donc trouvé ces gens pour se plaindre? Il sest avéré
que ce groupe protestait contre les figurines d'action à leffigie du dessin animé
« Gargoyles [Gargouille] » de Disney. Les personnages principaux de ce dessin
animé avaient des ailes semblables à celles dune chauve-souris, des queues, des
cornes et des crocs. Créer des jouets à cette image était synonyme de répandre l'image
du démon et à promouvoir la cause de Satan. Les employées de
Disney furent lobjet de menaces de mort et dharcelantes propositions. On a dit
au directeur du magasin, mine de rien, qu'il était destiné à brûler pour toute
l'éternité. Apparemment les manifestants prenaient l'idée de l'Enfer très au sérieux.
En cet âge de
rectitude politique, il est tentant davoir recours à une réplique telle que:
« Chacun est correct à sa propre façon ». De tels individus, qui croient en
une interprétation littérale de la Bible, nont-ils pas droit aussi à leurs
opinions? Leur croyance nest-elle pas aussi valable que toute autre? Peut-être, mais si
nous considérons linterprétation littérale plus en profondeur nous nous
heurterons à de nombreux problèmes de logique. En tête de liste: les horreurs
infernales et des plaisirs divins sont des variables totalement subjectives. Ce qui semble
horrible pour certains peut ne pas être si mauvais pour d'autres; ce qui est merveilleux
ou agréable pour moi peut ne pas lêtre pour vous. Prenons le cas d'un
masochiste. Un tel individu ira-t-il au Ciel ou en Enfer? Le Paradis pour lui ne serait-il
pas un endroit où pourrait jouir dune grande variété dexquises douleurs?
Son Enfer ne serait-il pas un endroit où il serait privé de toute forme de douleur?
Nest-ce pas là une inversion radicale de la conception communément admise? Un autre problème,
tout aussi boiteux, réside en la difficulté de réconcilier l'existence de l'Enfer avec
la nature infiniment bonne de Dieu. Si Dieu aime vraiment ses enfants, pourquoi
soumettrait-Il même les pires pécheurs aux châtiments éternels? Pourquoi ne pas
simplement arranger un emprisonnement perpétuel, dépourvu de grotesques tortures? Après
tout, le rejet du Ciel et la perte de liberté pour léternité ne sont-elles pas
une punition suffisante en soi? Prenez par exemple
notre système pénal. Que fait-on aujourdhui de nos plus abominables criminels? La
plupart du temps on se contente de simplement les tenir en marge de la société; on ne
ressent pas le besoin de leur infliger de douloureux sévices. Ce n'était pas
nécessairement le cas jadis, à une époque plus barbare (ou bien, il faut en convenir,
dans certaines régions du monde actuel). À ce niveau du développement de l'humanité,
la société nhésitait pas à torturer des prisonniers, et beaucoup d'instruments
cruels ont été spécifiquement conçus dans ce but. Non seulement exécutait-on le
criminel; les âmes sanguinaires exigeaient aussi la mort dans la douleur et la terreur
maximales - doù la Vierge de Fer [en anglais : Iron Maiden]. (La Vierge de Fer de
Nuremberg, pas Iron Maiden le groupe de heavy metal. Utilisé dès 1515 après J.-C., le
dispositif comportait des pointes de fer de longueur variable à l'intérieur de son
couvercle. Ce dernier se refermait lentement sur sa victime, de sorte que les pointes
pénétraient diverses parties du corps juste assez pour causer une douleur atroce - mais
pas la mort immédiate. Les pointes les plus courtes étaient exactement situées à la
hauteur des globes oculaires; ainsi la victime perdait ses yeux un peu avant que la toute
dernière pointe lui transperce le cur, la tuant enfin.) La plupart d'entre
nous aimerions croire quen tant quespèce nous avons dépassé cette phase horrible. Aujourd'hui nous
traitons même le pire des criminels de façon humanitaire. Si lon doit mettre
quelquun à mort, lexécution est aussi rapide et indolore que possible. Comparé à ce
système, créé par lHomme même, un enfer littéral comportant la punition la plus
horrible imaginable ne semble-t-il pas sauvage et primitif? Si Dieu est infiniment
meilleur que lHomme sur tous les plans, Sa pitié et Sa compassion ne
surpasseraient-elles pas les nôtres? Et si lHomme lui-même, minuscule, né
imparfait et rempli de péchés, peut sélever au-dessus dun traitement cruel
envers les méchants, pourquoi Dieu ne le pourrait-Il pas également, Lui, lultime
modèle de perfection? À la lumière
dune telle perspective, nous arrivons rapidement à la conclusion que si Dieu est
réellement la personnification de l'amour et de la compassion, Il ne permettrait jamais
l'existence dun Enfer où les pécheurs brûleraient pour léternité. Alors
il semble plus vraisemblable que cet enfer est un concept inventé par les hommes dans
lintention spécifique de semer la crainte chez les autres êtres humains. La nature
inhumaine et barbare de l'Enfer est simplement un reflet de la personnalité de ses
auteurs, créateurs de mythes. Le moyen de comprendre pleinement ceci est de simplement
lexaminer dans le détail. Ceux qui adhèrent toujours à la vieille école n'ont
pas pris la peine de réfléchir sérieusement à chaque ramification quimplique
leur croyance. En y réfléchissant
sérieusement, on rejette les chaînes de l'ignorance et de la sauvagerie. On perçoit
alors linéluctable vérité : le Ciel et l'Enfer existent en chacun de nous.
Il ne peut quen être ainsi. À tout moment nous avons potentiellement le choix
d'éprouver lun des deux extrêmes ou n'importe quel point entre ceux-ci. Nous ne
montons pas au Ciel ni descendons en Enfer après notre mort; nous nous transportons là
par nous-mêmes, et quoique la plupart d'entre nous ne le réalisent pas, nous avons la
capacité dy débarquer ou den repartir à volonté. Oubliez tous ces
supplices infinis, ces sottises de sempiternelles douleurs. Nous sommes des âmes mûres
et des esprits évolués ; nous navons plus besoin dêtre confinés dans
la conformité à laide dhistoires effrayantes. À quoi bon une morale dictée
et imposée à grands coups de menaces de châtiments ? Notre propre moralité
jaillit de notre intérieur, guidée par notre désir naturel de trouver harmonie, amour
et unité. Ainsi, notre propre conscience, notre Moi plus élevé, nos leçons karmiques
et nos maîtres spirituels nous inspirent et nous guident de manière plus fondamentale,
plus efficace que la crainte ne saura jamais le faire. Les sages avaient
raison au sujet du Paradis et de l'Enfer. Nous voyons à nouveau comment leur sagesse
antique peut se trouver des lieues en avance sur leur temps, et parfois même arriver à
anticiper nos croyances soi-disant « modernes ». |
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